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Alimentation Sécurité alimentaire Dow AgroSciences conteste l'interdiction par Québec de son pesticide 2,4-D
Dow AgroSciences conteste l'interdiction par Québec de son pesticide 2,4-D PDF Imprimer Envoyer

Par Tobi Cohen, La Presse Canadienne

MONTREAL - Une société américaine conteste l'interdiction, par le Québec, de son herbicide 2,4-D. Mais selon des opposants aux pesticides, la démarche de l'entreprise est antidémocratique, et basée sur la notion non fondée que la science juge ce produit sécuritaire.

Beaucoup de données scientifiques montrent plutôt une relation entre le 2,4-D et de très graves maladies, a déclaré mercredi Gideon Forman, le directeur exécutif de l'Association canadienne des physiciens pour l'environnement. Des études ont permis d'établir une relation avec le cancer, des déficiences neurologiques et des problèmes du système reproducteur, a-t-il dit, ajoutant que de nombreux organismes en santé appuient de telles interdictions.

On apprenait mercredi qu'une division canadienne du géant américain Dow Chemicals a déposé un avis de poursuite de 2 millions $ contre le gouvernement fédéral en août dernier. Cela ne déclenche pas la poursuite, mais indique qu'elle pourrait aller de l'avant à l'expiration d'un délai de 90 jours.

Selon l'entreprise Dow AgroSciences, le Canada enfreint ses obligations en vertu du chapitre 11 de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Ce chapitre autorise les investisseurs d'un pays membre de l'ALENA à poursuivre le gouvernement d'un autre pays membre pour des gestes qu'ils jugent nuisibles pour eux ou pour leurs investissements. De plus, le chapitre 11 contourne les tribunaux locaux pour porter la cause devant un tribunal international.

Dow AgroSciences soutient que le Québec a lancé, en 2002, une campagne contre son produit qui ne repose sur aucun fondement scientifique. La société note que Santé Canada a jugé, cette année, que le 2,4-D est sécuritaire lorsqu'il est utilisé conformément aux instructions sur l'étiquette.

"Cette démarche vise à assurer que d'importantes décisions de politiques publiques soient fondées sur des preuves scientifiques, sur la prévisibilité et un ensemble clair de principes, et qu'elles soient gérées dans un cadre transparent", a fait valoir le président et chef de la direction de Dow AgroSciences, Jim Wispinski. "Nous regrettons de devoir poser ce geste, mais nous pensons qu'il est nécessaire, compte tenu des circonstances", a-t-il ajouté.

Une porte-parole du groupe environnemental montréalais Equiterre s'est dite "choquée" d'apprendre que Dow contestera l'interdiction pour laquelle tant de Québécois se sont battus. Lova Ramanitrarivo craint qu'en cas de victoire de la compagnie au Québec, cela ne crée un précédent pour d'autres provinces, a-t-elle expliqué.

L'utilisation de pesticides est controversée depuis longtemps en raison de leur impact possible sur l'environnement et sur la santé humaine.

En juin, l'Ontario a adopté une loi qui interdira plus de 80 ingrédients et 300 produits contenant des pesticides à compter du printemps prochain. La loi ontarienne n'interdit toutefois pas le 2,4-D, ou acide 2,4-dichlorophénoxyacétique, utilisé par les consommateurs et les agriculteurs pour venir à bout des mauvaises herbes.

Le siège social canadien de Dow AgroSciences, une filiale en propriété exclusive de Dow Chemical, se trouve à Calgary.